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« On est toujours tout seul » ou les effets limitants de la relation à un monde sans limites

Je vais aborder mon sujet dans une visée systémique propre à l’HTSMA. C’est une thérapie du lien et des mondes relationnels, qui est développée depuis une quinzaine d’années par le Dr Bardot, présent à ce congrès. Le modèle s’appuie sur la relation à l’autre, à l’environnement et aux représentations perceptives, imaginaires et cognitives. De ces représentations émerge et se construit en permanence un soi incarné, un soi dans le corps, qui intègre le tout. Je me réfèrerai ainsi tout au long de cette communication à un contenu théorique qui sous-tend la pratique de l’HTSMA. Je montrerai spécifiquement dans cette communication comment lorsqu’on travaille avec une famille, il est parfois important de travailler d’abord sur le cadre. Pour ce faire, j’ai mis en place depuis quelques années un protocole au niveau de la famille qui permet d’acter ce cadre. A l’intérieur de celui-ci chacun peut se sentir à sa place et sécure. Je décrirai une vignette clinique qui montre comment ce protocole peut s’articuler avec une pratique HTSMA.

Bon nombre de nos difficultés humaines sont dues aux conséquences d’un rapport à l’autre, à l’environnement et au monde de nos représentations insécurisant car insuffisamment limité. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de limitations, mais des limites qui dessinent les contours d’un monde relationnel sécure dans lequel on peut déployer son autonomie.

Si on prend l’axe de la relation à l’autre, d’où viennent les conflits relationnels? Deux personnes qui s’affrontent dans une escalade symétrique ou un rapport complémentaire dominant/dominé. Il s’agit d’une relation duelle. Elle est envisagée dans un rapport JE/TU, qui, lors d’un conflit, peut devenir « je te tue » ! Pour que la relation interagisse sainement, il va falloir sortir de cette dualité en triangulant avec une dimension commune partagée, le rapport à une autorité véhiculant des valeurs, des principes de vie qui donnent du sens à la relation et lui confère une véritable existence. Le NOUS va alors être la résultante de cette triangulation, le fameux 1+1=3.Cette résultante est supérieure à la somme des parties, mais elle ne peut pour autant devenir une fin en soi : Un nous qui annulerait la singularité des parties, un pouvoir supérieur dominant et sans limites, comme on peut le voir dans les organisations sectaires. Nous sommes à la fois un et ensemble. Seuls, nous sommes donc capables d’exister dans l’autonomie lorsque nous triangulons avec des valeurs communes partagées qui donnent du sens à notre vie. 

J’entendais dernièrement dans une émission de France Inter, cette réflexion somme toute assez banale « on est toujours tout seuls »Si, dans mon monde de représentations, je prends ça pour une réalité, je dois assurer mon existence dans l’indépendance, qui dans mon propos n’est pas l’autonomie. Je suis seul face à l’autre, au monde, à mon corps qui peut me trahir et dans un rapport à mes représentations où je veux être libre de faire ce que je veux. Je me construis dans la dualité et dans la méfiance. Je me sais alors menacé par des risques potentiels qui finissent par fonctionner comme des croyances généralisées : le monde est dangereux, l’homme est un loup pour l’homme, la vie est dure, etc… qui deviennent des problèmes existentiels insurmontables. Il va donc falloir que je me protège, que je défende mon territoire, que j’affiche des positions identitaires : je suis victime de l’autre, de ce monde impitoyable, de la pollution etc... Les limites que je vais devoir mettre vont fonctionner comme des bunkers protecteurs qui, à la fois me protègent et m’isolent. Je n’en ai pas forcément conscience. Je m’enferme dans la méditation, dans un rapport avec une nature belle, bonne et saine, dans mon chez moi où là seulement, je me sens en sécurité. Ces limites-là réduisent, voir annulent le potentiel de découverte et d’émerveillement de la relation humaine, de l’émergence du nouveau, de la surprise, de la spontanéité du cœur, de l’âme et de l’esprit en éveil… C’est un enfermement dans une pseudo liberté. Il va falloir cependant des limites pour accéder à la liberté dans l’autonomie, dans la confiance et l’ouverture aux possibles. 

Cette représentation « du seul au monde »se construit très tôt par les effets disjonctifs de la relation aux figures d’attachement lorsque celles-ci sont insécures ou insuffisamment sécure. Ensuite, cet effet va polluer le positionnement face à la règle qui délimite un cadre sécurisant, et troisièmement empêcher d’accéder à l’autonomie face à des normes sociales inaccessibles.

Lorsque je reçois un enfant étiqueté hyperactif, il s’agit très souvent d’un enfant qui s’oppose à la règle édictée comme une injonction et non pas incarnée par les parents en lien avec leurs valeurs. Lorsqu’on subit les limites, on ne peut pas les intégrer comme un cadre sécure à l’intérieur duquel on peut faire ce qu’on veut. L’agitation est une métaphore agie de leur insécurité : une girouette agitée par un vent fou, qui tournerait dans tous les sens sans pouvoir indiquer la direction du vent. Et cela est tout aussi valable pour un enfant soumis, autre face du même problème, celui d’un nous coercitif  et non pas en triangulation pour tous les membres de la famille. La girouette dans ce cas est rouillée, elle n’est plus qu’une représentation du pouvoir du vent sur elle.

Le rapport à l’autorité est pollué par une relation duelle qui ne peut s’exprimer que par la rébellion ou la soumission. L’obéissance, quand elle triangule avec les valeurs incarnées par les parents qui accompagnent l’enfant vers l’autonomie, est une obéissance au contraire de coopération. 

J’ai donc mis en place dans ma clinique un protocole éducatif spécifique qui remet en place les parents dans leur position d’autorité compétente et cohérente pour le bon fonctionnement familial. Je vais d’abord vous présenter le cadre de ce protocole puis vous décrire son contenu :

Il va falloir passer d’une plainte dirigée vers l’enfant à une thérapie familiale. Tout va se faire en présence des parents et des enfants. En réalité, sous couvert de remettre un cadre en réinstaurant les règles, on va travailler à repositionner la place de chacun dans la famille, à remettre de la complicité et du lien dans le couple et à apporter de la sécurité à tous les enfants même ceux qui semblent moins concernés. Les règles sont communes à tous les membres de la famille (parents inclus). Ce protocole est efficace pour les enfants de moins de dix ans. Après, il faudra travailler directement sur la problématique familiale. Quoi qu’il en soit ce protocole n’est pas rigide, il sert de colonne vertébrale à un travail créatif permettant à la famille de retrouver des sentiments partagés en séance, puis ensuite de recréer du lien.

Je reçois donc la famille qui se positionne dans la pièce. J’explique à l’enfant pourquoi j’ai demandé qu’il soit là : J’ai besoin de savoir ce qui se passe pour aider la famille à aller mieux, et je le remercie d’être là pour aider ses parents à se sentir bien dans leur rôle de parent. Je lui précise que je ne m’occuperai pas de lui, qu’il pourra aller dessiner ou jouer ou rester là, comme il veut, mais que sa présence est importante pour que ça marche. 

Voici le protocole abrégé que je leur propose, en utilisant des apports et des métaphores que j’ai empruntées pour certaines à ma formation en thérapies brèves à l’Espace du possible à Tournai en Belgique.:

-Vous allez vous réunir tous les deux sans les enfants, et  établir 3 à 4 règles maximum dites « incontournables ». 

 « Vous allez décider ensemble, sans les enfants, de vous mettre d’accord, parce que quand un enfant n’obéit plus, c’est comme si il roulait sur une route enneigé, il ne voit pas les bords et il file sans cesse sur le côté. Il se met en danger. Il a besoin qu’on lui apprenne à conduire et qu’on lui déblaie les bords ….

Il risque, quand vous serez bien énervés, ce qui est compréhensible, de subir une réaction (cris ou coups) et que ça lui fasse mal, et ça vous fera mal aussi… Et vous les parents, vous êtes fatigués de répéter tout le temps dix fois les mêmes choses et en même temps, comme vous êtes énervés, plus rien ne va, même le chausson qui traine ! Vous avez besoin de retrouver la tranquillité et vous seuls savez ce qui est important dans la vie de la famille pour que ça fonctionne. Vous savez protéger votre enfant,vous savez ce qui est bon pour luivous allez reprendre les commandes et vous  allez lui apprendre comment faire. Alors vous allez vous concentrer sur quelques règles seulement, à faire respecter » (je dilue dans un langage le plus possible métaphorique, en conversation hypnotique).

- Vous allez décider ensuite d’une « conséquence » pour chaque règle si elle n’est pas respectée. Autant que possible cette conséquence doit être en rapport avec la règle, comme de faire une pause et de s’excuser par exemple, sinon, cela peut être aussi une punition.

Une règle qui n’est pas respectée n’est pas valide donc s’il n’y a pas de conséquences au non-respect d’une règle, la règle n’existe pas ! On ne peut pas demander à un enfant d’avoir envie de l’appliquer, si il peut la contourner pour son propre plaisir il le fera. Pourquoi le mot conséquence ? Parce que quand on respecte les règles, on les oublie et du coup les conséquences deviennent agréables : Meilleure entente, meilleure ambiance dans la famille, envie de faire des choses ensemble… 

-Ensuite, vous allez organiser une réunion de famille avec tous les enfants et vous, le papa vous allez dire : 

« Votre maman et moi, voilà ce nous avons décidé.. »Et vous expliquez aux enfants les règles et les conséquences. (Cela fait très patriarcal mais l’expérience montre que c’est efficace, surtout  quand la maman  a trop pris en charge la famille et que le père semble avoir démissionné, elle va se sentir soutenue).

Dès que vous avez  expliqué les choses à vos enfants, vous commencez  tout de suite à l’appliquer. Il va vous falloir beaucoup de rigueur, ne pas lâcher prise, car votre enfant s’engouffrera dans la brèche et mettra en échec le dispositif, chassez le naturel, il revient…. Bien sûr, il ne s’agit  pas de mettre de la rigidité dans votre vie de famille mais au contraire de la souplesse, car à terme, quand les règles seront intégrées, vous n’aurez plus besoin d’en parler sans cesse. C’est pour cela qu’il ne faut pas déterminer trop de règles, et pour le reste, vous pouvez accepter d’être plus souples… Ce protocole a pour but de permettre à votre enfant de savoir d’avance le prix à payer, il ne sera pas surpris par une réaction  qui pouvait être aléatoire et changeante auparavant : Une fois la grosse punition, une autre fois vous passiez dessus, parce que vous vouliez lui montrer aussi que vous l’aimiez. C’est une autre façon de respecter votre enfant, de lui faire confiance, de lui permettre à son tour de décider ce qu’il veut… S’il veut rouler à 160 sur l’autoroute il paiera une amende en conséquence, ou sinon, il saura quoi faire pour l’éviter. Quand un enfant ne se comporte pas bien il pense qu’il est mauvais, il s’identifie à ce qu’il fait, et il ne se sent pas en sécurité non plus d’être le chef à la maison, même si cela présente parfois quelques avantages…(là en général, les parents sont touchés, l’enfant l’est également, il écoute attentivement, il y a comme un arrêt sur image).

Puis je termine en leur proposant de mettre tout ça en place et de les revoir dans 15 jours. 

A la séance suivante, on fait le point, chacun exprime ce qui a changé. Je reprends ce qui n’a pas marché et pourquoi, parfois il faut deux ou trois séances pour que le protocole fonctionne vraiment bien, mais deux fois sur trois il y a eu un grand changement et les parents n’ont quasiment pas eu besoin d’appliquer les conséquences et les conséquences positives sont apparues ! D’ailleurs c’est l’objectif de ce protocole : Que l’enfant entende en séance où est  sa place et que  les parents s’engagent ensemble ; certains enfants vont quand même tester l’autorité pour voir  mais je soutiens les parents à chaque séance pour qu’ils aillent jusqu’au bout ; fréquemment l’enfant se plaint que les parents n’ont pas fait respecter les règles, surtout ceux qui prenaient le pouvoir, c’est leur façon à eux de continuer à se sentir acteur mais dans le  bon sens ! 

Je vous propose une vignette clinique récente assez caricaturale de la façon dont un enfant peut résister à ce changement systémique tant il s’est installé dans un disfonctionnement relationnel massif. J’avais fait la première séance en mettant en place ce protocole. Le plus souvent les enfants hostiles au début partent en montrant d’une façon ou d’une autre leur approbation à ce que je propose à leurs parents. Celui-ci était resté sur la réserve. 

 Je vais vous décrire comment je m’y suis prise ensuite avec l’enfant en htsma pour le contenir, pour l’apaiser et enfin pour lui permettre de faire l’expérience de la fusion défusion. Cela se passera devant ses parents qui comprendront la démarche. Ils se replaceront encore un peu mieux dans leur rôle de parents, ce qui facilitera grandement le travail…

 Il s’agit de Mathis, il a seulement 4 ans et demi.

A la deuxième séance donc, il veut rester dans la salle d’attente. Ses parents le contraignent à rentrer avec eux dans mon bureau. C’est comme si il me disait « occupe-toi de mes parents, moi, je n’ai rien à faire là », ce en quoi il n’avait pas tout à fait tort !

Dans le bureau, il continue à s’opposer fermement, et il me regarde avec un air qui me dit clairement « c’est moi le chef ici ». Je commence tout de même à faire le point avec les parents qui ont mis en place le protocole et qui ont observé déjà des améliorations. Mais Mathis met le bazar, il empêche ses parents de parler avec moi, ceux-ci le recadrent, Mathis monte de plus en plus le ton, puis ça devient un véritable conflit ouvert. Je le prends alors dans mes bras en l’encerclant avec mes bras, et mes mains fermées forment une fermeture contenante. Je me centre dans une position de pleine présence à ce qui se passe chez moi, chez lui et entre nous deux, tout en observant les parents. Mathis s’agite de plus belle. Je ferme un peu plus mes bras contre lui. Il se met à hurler, à m’insulter même. Les parents sont mal à l’aise vis-à-vis de moi. Je continue calmement en rassurant les parents que je fais mon travail, que c’est ok pour moi et que tout ça doit aller jusqu’au bout maintenant. Lorsque Mathis se calme un peu je desserre la contention, il en profite pour reprendre le pouvoir, je resserre. Il veut aller dans les bras de sa mère, je desserre pour tester sa réaction, il insulte sa mère qui le laisse là, je resserre à nouveau et ainsi de suite… Ce petit jeu va durer un bon quart d’heure. C’est long! Il va falloir ce temps pour que Mathis s’apaise peu à peu. Là seulement, il va demander les bras de sa maman d’une manière telle qu’il est prêt à retrouver sa place d’enfant qui a besoin à la fois de sécurité et de tendresse. Je le pose délicatement dans les bras de sa maman. Il se blottit contre elle et je fais le lien entre eux avec du taping alternatif entre son épaule et celle de sa maman. Là, je mets en place l’accordage entre eux. Je lui demande d’imaginer qu’il redevient tout petit, tout petit, petit et tellement petit qu’il rentre dans le ventre de sa maman. Je dis à la maman d’imaginer aussi que son enfant redevient tout petit, tout petit et tellement petit qu’il rentre à nouveau dans son ventre. Mes mains restent posées maintenant sur leurs épaules, ils ne font plus qu’un et je triangule en percevant ce qui se passe entre les deux. Il y a un moment de fusion totale entre eux puis Mathis se remet à bouger, il a internalisé le lien et peut repartir avec, il descend des genoux de sa maman et va jouer tranquillement. Je finis la séance avec les parents en reprenant avec eux ce qui a changé depuis la première séance et en les encourageant à continuer, tout en les félicitant d’avoir réussi à le faire. A la séance suivante, c’est un autre Mathis qui arrive: Tout fier de me dire qu’il n’a pas eu de conséquences. Il est dans la coopération, et ses parents lui font plein de compliments. Je n’ai pas eu besoin de les revoir car tout est rentré dans l’ordre ensuite. Ce n’est pas toujours le cas bien sûr, mais ce travail permet de savoir alors ce qu’il va falloir travailler dans le relationnel familial et qui est dysfonctionnel.

Très vite, lorsque les parents arrivent à jouer le jeu, on voit donc les relations s’apaiser et l’enfant stigmatisé reprendre confiance en lui. Cela permet à la famille de passer d’une addition de personnes isolées à un tout unifié et congruent : On fait ensemble ce qu’on dit. Chacun conserve sa singularité sans se fondre dans un tout indifférencié et coercitif. La relation de coopération passe par une règle valable pour tous, qu’on respecte. La règle est faite pour qu’on l’oublie ! Quand elle va de soi, on n’a plus besoin de l’interroger sans cesse, soit en s’y confrontant, soit en s’y soumettant. Si l’enfant s’est construit dans la disjonction, son rapport aux normes risque d’être disjonctif également à l’âge adulte. Ces normes sont particulièrement présentes dans notre société, quoiqu’insidieuses, et le jeune adulte n’aura pas l’autonomie nécessaire pour se développer avec le recul suffisant. Soit il s’y soumettra totalement, soit il s’y opposera. Il sera pris au piège d’injonctions inaccessibles et souvent déraisonnables en s’y soumettant, soit il se repliera dans un quant à soi protecteur : l’indépendance qui, je le rappelle, n’est pas l’autonomie. C’est ainsi qu’on trouvera au final des « seuls au monde »  misanthropes, ou bien narcissiques et rigidifiés dans la perfection ou la performance. Leur moteur tournera à vide entrainant toutes sortes de pathologies, dont les ruminations obsessionnelles, les addictions, les crises de paniques… Nous avons de plus en plus à déconstruire ces positionnements existentiels dysfonctionnels en thérapie. Car il arrive un moment où un évènement, une étape importante dans la vie, menace la personne d’un effondrement tel qu’elle pourrait avoir la terreur de ne plus exister, sans avoir conscience que c’est pourtant quasiment -déjà fait !

Pour conclure, nous nous définissons et nous nous construisons sainement dans un monde avec des limites repérés. Notre liberté est inhérente à la fois à notre singularité et à l’universel qui triangule. Nous allons vers l’autonomie avec des repères solides, et avec des liens « Secure » internalisés. 

 Mady Gatineau, Intervention au Congrès CFHTB mai 2019

 

Une démonstration HTSMA en Psychosomatique…

Le Dr Bardot, Psychiatre et Pédopsychiatre à Nantes, développe depuis une quinzaine d’année, une pratique thérapeutique originale et efficace : l’HTSMA. Il l’enseigne, avec une équipe de formateurs dont je fais partie,aux professionnels du soin et de la relation d’aide, à l’institut MIMETHYS de Nantes. On ne décline plus le sigle HTSMA aujourd’hui, tant sa signification initiale a évolué. En effet, il mettait en lien l’Hypnose, la Thérapie Stratégique et les Mouvements Alternatifs, mais comme vous allez le voir, la thérapie HTSMA  dépasse largement aujourd’hui l’idée d’une conjonction de ces pratiques. Nous sommes dans une approche intégrative complète formant un tout dans lequel il y a plein de chemins possibles et de possibilités d’interventions, selon le développement du processus. Nous ne sommes donc pas dans une collection de techniques amenant des protocoles. Dans ce sens l’HTSMA a son propre modèle, qu’on pourrait appeler un non modèle puisque ce processus est premier dans un travail où on va s’intéresser aux interactions entre les éléments et les mondes relationnels.

 En novembre 2017, lors d’un nouvel atelier thématique sur le thème de la psychosomatique, les stagiaires ont pu encore voir de manière très concrète la façon de travailler. Le Thérapeute « entre » dans le travail avec le patient, en l’interrogeant dans un premier temps afin de « réduire » le problème. Pour se faire, il reste au plus près de ce que dit le patient. Ce questionnement spécifique à l’HTSMA s’inspire à la fois des apports des thérapies brèves et d’une vision triangulaire des interactions : le cercle Intention, Action, Effets. Le thérapeute va utiliser les informations du corps, le verbal et le non verbal et ensuite l’imaginaire, qui fait le lien entre le mental et le corps, pour mettre en forme la problématique. Celle-ci  va ainsi pouvoir être externalisée et traitée comme une scène imaginaire en trois dimensions.

 Cette manière de faire induit une transe et active ainsi la bulle thérapeutique dans laquelle le Thérapeute et le Patient vont pouvoir suivre ensemble le processus qui se déroule dans la séance, lever les obstacles,  et aboutir au final à une expérience d’unité. Ainsi donc, ce n’est pas seulement le corps et le mental du patient qui vont donner des informations, mais également celui du thérapeute.Parfois même, quand le patient est dissocié, c’est le thérapeute qui fait le travail à la place du patient car c’est lui qui a les informations. 

Mieux que de longs discours, je vous propose de découvrir le script d’une démonstration car rien ne vaut l’expérience pour comprendre de manière très concrète la clinique de l’HTSMA ! 

Je remercie Patrick DAMGE, médecin Généraliste à côté de Marseille, qui a assisté à cet atelier et qui a scripté l’enregistrement de la démonstration. Et bien sûr, Je n’oublie pas Eric Bardot qui a modélisé cette pratique depuis maintenant une quinzaine d’années.

Je vous suggère de lire d’abord la démonstration en gras, sans les commentaires en italiques, afin d’en percevoir la fluidité. Et ensuite, vous pourrez la reprendre avec les commentaires qui se veulent pédagogiques, pour mieux comprendre ce qui se passe. Il s’agit d’une patiente qui présente un problème d’asthme récurrent.

 

 

Th= Thérapeute/  P= Patient/   MO= Mouvements oculaires devant les yeux du patient.

Tout ce qui est en gras indique ce qui se passe, les commentaires sont rajoutés entre parenthèses et  en italiques.

Th : Qu’est-ce qui vous amène ?

P : Je souhaiterais être débarrassée de mon asthme, j’étais beaucoup mieux et depuis deux jours, je suis à nouveau pas confortable avec mes poumons alors que j’étais plutôt tranquille depuis plusieurs mois. 

(Langage psy, elle parle de la relation avec ses poumons, si on était avec un langage médical elle viendrait sur indication et demanderait probablement de l’hypnose comme un médicament, et pourrait même demander en combien de séance puisque c’est une prescription)

Th : Alors, qu’est-ce qui se passe entre vos poumons et vous ?

P : Et bien, si je le savais, je ne serais pas là !

P : Que font vos poumons ?(Quand elle parle de ses poumons, il faut entendre que ses poumons agissent en dehors de  son contrôle, que dans l’interaction entre poumons et P, c’est vide, d’un côté, il y a les poumons et de l’autre il y a P)

P : Ils spasment.

TH : Quand vos poumons spasment, quels sont les effets sur vous ?(quand il y a une action, on interroge soit sur les effets soit sur l’intention, en gardant à l’idée le cercle suivant : intention, action, effets)

P : Ca m’empêchent de bien respirer et ça limite mes activités.

Th : Ca fait quoi quand ça vous empêche de respirer ?(Empêcher n’est pas une réponse affirmative, en terme d’action)

P tousse(langage du corps, ce sont les poumons qui parlent, ils sont de plus en plus présents)

Th : Quand ça vous fait tousser, comment ça réagit ? 

P : Là tout de suite ce n’est pas confortable (en montrant sa poitrine) et j’ai le cœur qui bat.

Th : Si ce n’est pas confortable, c’est quoi ?((équivalent d’une induction hypnotique, le Th est en train de la focaliser de plus en plus)

P : C’est oppressant, j’ai le cœur qui bat.

Th : Le plus important, c’est l’oppression ou le cœur qui bat ?(Il y a plusieurs réponses en terme d’action, il faut faire préciser)

P : L’oppression.

Th : Comment l’oppression quand elle est présente, vous la vivez ?

P : Je la vis mal.

Th : Imaginons que ce mal prenne forme, quelle forme il prend là, devant nous?(on fait préciser, on peut obtenir une réponse sous forme d’une pensée, d’une image ou d’une sensation)

P : Une tâche noire goudronneuse.

(Si on n’avait pas une forme qu’on va pouvoir externaliser, on aurait pu prendre une autre voie : l’oppression étant  une action, on peut la mettre en interaction avec une intention et ça donnerait ceci : « observez tout ce qui va se mettre en lien avec cette oppression ? »)

 Th : Vous êtes capable de faire face ou vous avez besoin d’aide ?(à ce stade, il faut travailler l’attachement car la personne n’est pas en lien. Dans la problématique somatique la relation humaine est coupée. Le thérapeute va faire la moitié du chemin, c’est au patient de faire l’autre)

P : oui, je veux bien de votre aide parce que ce n’est  pas  du  tout  confortable, je me sens pas bien.

(Il faut bétonner et évaluer la perturbation sur une échelle, car il faut que cette tâche noire soit vraiment une réalité devant elle sinon, ça risque de rester dans le mental)

Th : Quand vous dites que vous vous sentez mal avec cette tâche noire, on va faire venir l’oppression sous forme de tâche noire goudronneuse et quand elle là cette tâche noire  goudronneuse, ça réagit comment, 10 est le maximum de perturbation et 0 le minimum?

P : Je dirais que c’est la tristesse et que c’est à 9.

Th propose au patient de poser le dos de sa main dans sa main à lui(ce qui va permettre d’externaliser la tâche et de contenir l’abréaction)

Th : La tâche noire est là dans la main comment ça réagit ? (+MO)

P : je ne sais pas, je ne suis pas  connectée.

Le Thérapeute observe cependant qu’elle se met à respirer et que sa main s’est détendue.

(Il a les informations mais il va vérifier)

Th : Je vous propose de porter toute votre attention sur la manière dont vos poumons respirent, là, maintenant (+ MO)

P : Je sens une petite brûlure(action)

Elle désigne en même temps la base de sa poitrine.

Th : Très bien, portez votre attention sur cette petite brûlure (+ MO)…qu’est ce qui vient de différent ?

P prend une inspiration suivie d’une expiration.

Th : Très bien (+MO)

(Il y a une réponse corporelle, on valide, on ne pose pas de questions car elle ne peut pas être dans le verbal, là)

Th : Portez votre attention sur cet air qui rentre et qui sort de vos poumons (+ MO)

(On est sur l’action de brûler, on va observer les effets)

Th : comment ça réagit ?

P : Je sens de la légèreté (+MO)

La main se décolle.

Th : Où cette main va se diriger? (+MO)

(On ne sait pas si c’est un ancrage ou un geste d’ouverture, c’est-à-dire soit attachement soit autonomie car en psychosomatique, ça peut partir dans une direction ou l’autre)

La main de P part dans l’espace et se pose sur les poumons. Le Th se tait et continue les MO pendant la lévitation  pour appuyer le processus.

Th : Portez votre attention sur le contact entre cette main et  ces poumons (+MO)

(A ce stade, ce n’est pas « ta main et tes poumons », pour amplifier la transe dans l’expérience corporelle et non pas dans l’identité. Le Thérapeute ne s’adresse pas à la personne mais à l’interaction entre elle et ses poumons)

P descend en avant. Th l’accompagne en faisant du taping avec ses mains sur les genoux de P puis sur ses épaules, jusqu’à ce qu’elle descende naturellement jusqu’au sol, sans forcer(le taping, équivalent des MO quand les yeux du P sont fermés, est très important pour approfondir la transe, c’est comme si le Th allait toucher l’âme de la personne, il accompagne le corps de P dans son mouvement naturel en transe)

Le corps de P est allongé au sol.

Th : Ce corps est maintenant comme celui d’un fœtus (+ taping sur épaule et hanche, sur les articulations)

Le Th s’adresse au corps, pas à la personne, et regarde donc le corps, il fait un taping en visualisant que la vie est en train de circuler dans le corps.

Th : Ton attention va se porter sur ce qu’il y a de plus vivant dans ce corps (+taping) (ébauche de relation au corps vivant)

P respire (+taping ) (c’est comme de la réanimation)

Th : Le sol se met en contact avec ce corps, l’enveloppe (+taping)(relation au monde)

Th : Et le sol est de plus en plus soutenant pour ce corps (+MO en continuant à visualiser que le sol se met en contact avec le corps et même l’enveloppe)

P se met à bouger et se met sur le côté.

Th : Nous allons demander à toutes les personnes qui peuvent venir se mettre en lien avec ce corps de se mettre là maintenant en lien avec ce corps (le Th envoie l’injonction avec une voix affirmée, comme un souffle de vie envoyé vers le P + séquences de MO)(relation à l’autre)

Le Th fait du taping avec ses mains sur les épaules du P et se met aussi en lien avec sa respiration et les personnes (pour poursuivre le travail de corps à corps et pour que les corps du P et du Th soient dans la même bulle, dans une expérience d’unité, comme une danse)

Th : Qu’est ce qui vient ?

P : Je me sens bien, j’ai de la chaleur dans les mains, ça circule.

Th : Qu’est-ce qui circule dans ton corps(définir le « ça »)

P : La vie.

Th : Observe cette vie qui circule dans tout ton corps (+taping)(diffusion et généralisation)

P reste  couchée  (besoin d’autorisation)

Th : Qui va venir, là, maintenant donner l’autorisation à ce corps de vivre pleinement dans la vie ? (+taping)(tiers autorisant)

P : Personne(indication, comme quoi la question du Thérapeute est trop précoce, il fait encore rester au niveau de la vie qui circule)

Th : Qui va venir là, maintenant, donner l’autorisation à la vie de circuler dans ce corps ? (+taping)

Th réitère : Observons qui va venir donner l’autorisation à la vie à circuler pleinement dans ton corps ? (+taping)

P : C’est flou

Th : Observe(en Psychosomatique c’est toujours dans l’espace ressource que le problème va être traité)

P : Je vois le magicien  (tiers spirituel indifférencié, forme symbolique qui permet le passage de l’espace problème à l’espace ressource et qui va ainsi permettre que la vie prenne forme)

Th : Comment ça réagit ?

P : J’ai des frissons(la vie)

Th : Quel mouvement est dans ton corps ?(la vie= action)(+taping)

P : Mes mâchoires claquent (+ taping)

Th : Quand ces mâchoires claquent, qu’est-ce qu’elles cherchent à exprimer ? (+taping)

(On cherche l’intention de l’action)

P : Bordel de merde.

Th continue le taping(Th laisse venir, c’est encore trop mentalisé)

Le corps de P se met en tension.

P : Quelque chose veut sortir et ne sort pas.

Th : Qui vient et qui empêche quelque chose de sortir ?(Tiers qui empêche) (+taping)

Les mains de P se soulèvent.

P : Je vois mon grand-père (ce qui engage dans un travail de deuil… le grand-père est une personne décédée)

Th : Observe ce que fait ton grand-père(sous-entendu : qui empêche) (+taping)

P : Il est figé, tout droit, les bras le long du corps et son visage est figé(expression comportementale de la problématique qui habite le grand-père et qui l’empêche dans un premier temps d’être un tiers soutien)(+taping)

P pleure.

P : J’ai de la tristesse de le voir figé comme ça (+taping)(expression émotionnelle en lien avec la problématique qui habite le grand-père)

P pleure de plus en plus.

Th : Observe ce qui vient se mettre en lien avec cette tristesse ? (+taping)(l’attention de P est focalisée sur la tristesse chez elle. L’espace tristesse est un espace ressource parce qu’il contient la vie. Mais dans un premier temps, il ne peut pas être partagé avec le grand-père, car on est dans un scénario dissociatif : elle est dans la tristesse quand son grand-père est dans le figé. Le grand-père et elle, ne pourront partager un espace ressource  que lorsqu’elle aura accès à la tristesse de son grand-père. Il ne peut pas l’exprimer tant que la problématique liée à la réponse figée n’a pas pris forme afin d’être traitée)

P met ses mains sur ses poumons et ça respire(c’est dans l’interaction entre elle et ses poumons que le lien se fait, entre la partie saine en elle qui vient en soutien de la partie en souffrance)

Th : Ton grand-père est là, quel message il a pour toi ? (+taping)

P : Rien(c’était trop tôt car la problématique qui entretient la dissociation n’est toujours pas traitée,  le soutien n’a pas permis de se mettre en lien avec le message du grand-père, c’est resté une tentative de sécurisation)

Th : Observons ce qui se passe entre ton grand-père et toi ? Le Th met la main en écran devant pour trianguler(on travaille alors sur les interactions pour lever le ou les obstacles) (+taping)

P : Un champ de bataille (+taping) (forme que prend la problématique et qui triangule entre P et grand-père)

Th : Comment ça réagit ?

P : Bizarrement, ça va mieux que tout à l’heure (+taping)(on est sur la métaphorisation du monde transgénérationnel qui lui fait rejoindre son grand-père, le comprendre dans le sens de « prendre avec » et ainsi de permettre, face à ce champ de bataille que la tristesse devienne une expérience émotionnelle partagée)

Th : Et là ?

P : J’ai des tremblements.

Th : Si ces tremblements se transforment en geste là, maintenant ? (+taping)(les tremblements indiquent un mouvement empêché)

P : C’est comme si il demandait qu’on le sorte de là.

Une main de P se lève (+taping)

Th : Quelle main va venir prendre la tienne (+taping)(métaphore agie du soutien possible)

Son autre main rejoint sa main levée. 

P se relève, se met assise et pleure(c’est le moment de l’intégration de l’expérience de tristesse partagée avec le grand-père. Les pleurs le manifestent, ils apaisent là où, avant, c’était des pleurs qui exprimaient la souffrance)

Th : Qu’est-ce que tu vas pouvoir donner comme autorisation à tes poumons pour que tes poumons et toi ne fassent qu’un ?(on retricotel’unité corps/esprit à la fin du travail en psychosomatique)

P : M’aimer.

Th : C’est une expérience que tu as déjà faite ou bien tu l’imagines ?(on met en lien avec une expérience vécue pour renforcer l’expérience ressource)

P : C’est une expérience.

Th : Qu’est-ce qui vient (+MO)

P : Quand j’allaitais.

Th : Observe tes enfants, ils sont là devant toi, quel message ils expriment ? (transmission : les enfants valident que le travail qui devait être fait est bien fait, ils font office de tiers spirituels dans l’espace ressource) (+MO)

P : On peut vivre sans toi.

Th : Comment ça réagit ? 

P : L’apaisement(la transmission est faite)

Th fait focaliser sur cet apaisement (+MO)

Th : Observe toutes les personnes qui viennent se mettre en lien avec cet apaisement (+MO) (tiers communautaire pour élargir l’expérience à la communauté, que ça ne reste pas qu’une expérience singulière)

Th : Qu’est-ce que tu te vois faire là, maintenant avec cette expérience ?(+MO rapides et larges)(orientation vers le futur)

P : Sourire.

P sourit(la tâche est faite!)

Th : Avec ce sourire, est-ce que tu es prête là, maintenant, à te lever ?

P se lève.

Suite à cette démonstration, après une séance complémentaire, l’asthme a cessé de s’inviter chez cette patiente.

Nous avons l’habitude, lorsque nous travaillons au plus près de cette pratique de constater que ce travail est fluide et écologique car respectueux à la fois du patient et du thérapeute (puisqu’il peut externaliser des informations qui bloquent chez lui, qu’elles soient corporelles imaginaires ou mentales, même si le TH n’a pas eu besoin de le faire dans cette démonstration). Au final, il parait très simple ! Mais nous savons tous que le simple est ce qui est le plus difficile à acquérir ! Le thérapeute va devoir se positionner dans une posture de décentration, de laquelle il va observer ce qui vient. Il va suivre systématiquement le processus qui se déroule et qui, je le rappelle, est premier dans cette façon de travailler.

Pour ma part, le développement de cette pratique m’a apportée une nouvelle aisance, particulièrement avec des personnes amenant des problématiques ancrées depuis longtemps dans leur histoire, des traumas multiples et complexes, des problématiques transgénérationnelles… Or cela bloque dans une thérapie  lorsqu’il n’est pas facile de puiser dans les ressources du patient pour lever les obstacles. Quand une  personne est trop engluée dans son histoire dans lequelle elle a dû s’adapter de diverses manières, nous avons besoin de pratiques qui réaccordent le mental avec le corps en un tout intégré, en lien avec le monde physique, la relation humaine, et le monde des représentations.

 

 

Mady Faucoup Gatineau (2018)

 

 

LE CORPS GUIDE ET MEMOIRE

Dans la thérapie HTSMA 

Avec l’HTSMA, j’ai trouvé une manière vivante de travailler qui intègre chacun des courants de la Thérapie Brève. Ce qui m’a amenée à m’inscrire dans cette pratique, c’est la construction d’un « être ensemble » dans la perspective d’une approche interactionnelle du vivant. A partir de cette base, le thérapeute va mettre en scène ce qui apparait dans la thérapie, par la triangulation : en externalisant grâce à l’imaginaire partagé (souvenirs, sensations, images sensorielles) la problématique de la relation (à soi, au monde, à l’autre). Ce travail analogique, comme dans le rêve, va permettre de restaurer progressivement les interactions qui étaient bloquées.

Dans cet objectif, le Thérapeute va devoir déconstruire la plainte par un questionnement spécifique, tant qu’elle ne sera pas clairement identifiée. Cela peut se faire de trois manières différentes selon ce qui vient : soit par la voix de la réduction lorsqu’elle est trop large afin d’atteindre une forme plus claire et plus juste du problème, soit par la sursaturation lorsque le mental s’enferme dans les définitions, jusqu’à ce que le corps s’exprime, soit par la métaphorisation. Puis, le travail va pouvoir se faire en suivant au plus près le processus jusqu’à l’expérience sécure, expérience de centration et de calme intérieur généralisé. Pour cela, l’imaginaire partagé fait le lien entre le mental et le perceptif sous formes de diverses expressions successives, qui permettent progressivement de travailler sur le problème. Pour cela, le Thérapeute va entrer dans une transe d’observation des réactions du patient, de ses propres réactions et de ce qui se passe entre les deux : les trois « O » d’Erickson. Il accueillera naturellement ce que la pensée créatrice va faire émerger dans le couple patient/thérapeute, lorsqu’il interroge ou observe le Patient sur ce qui vient, là, maintenant. Il va externaliser le vécu de souffrance et internaliser les ressources. Parfois, quand le patient est dissocié et ne peut entrer dans le processus, le Thérapeute va servir de modèle en externalisant ce qui vient chez lui, toujours dans la transe d’observation. Ce n’est pas l’expression de quelque chose de fantaisiste. Le Patient va pouvoir alors se réapproprier son vécu et en faire autre chose. 

Cette façon de travailler me semble écologique pour le couple Patient/Thérapeute. Elle protège le thérapeute de ce qui pourrait l’impacter, et le patient de l’identification à son symptôme. Elle permet aux deux d’entrer dans une bulle thérapeutique hypnotique.Le Patient va vivre une expérience de soutien inconditionnel jusqu’à l’autonomie à la fin de la séance, lorsque l’orientation vers le futur est enfin possible. Il va se voir naturellement accomplir une tâche qui sera un élément du pont vers sa reconstruction.

La relation au corps en thérapie HTSMA est une évidence. Il y a là deux personnes ensemble dans un lieu, qui se parlent, se répondent, essaient de se comprendre. Ça passe par l’expression verbale mais aussi par le non verbal : le corps est parfois figé mais il est le plus souvent en mouvement même si ça peut être infime. Si on observe bien, c’est donc un dialogue avant tout corporel qui précède même l’expression verbale.

Une image me vient pour en parler :

Il s’agit de l’apprentissage que j’ai fait il y a quelques années du massage sensitif, la méthode Camili, avec une métaphore de vague, perçue sous la forme d’un mouvement, qui m’a inspirée la réflexion qui va suivre. 

Dans ce type de massage, il y a aussi deux personnes ensembles, l’une utilise la force de son corps et sa respiration pour pousser ses mains sur la peau de l’autre, en un long et lent mouvement, précis dans la toucher tout en adaptant la pression et la vitesse, en fonction des informations de la peau, de ses réactions. Les pieds du masseur sont bien ancrés au sol, un pied en avant, permettant à son corps d’engager avec assurance le geste et aux mains d’avancer jusqu’aux limites possibles de l’étirement du corps. Puis les mains reviennent ensuite de la même façon dans la position initiale, en sens inverse, entrainées par le corps. Ce massage s’effectue sur tout le corps et se termine par un mouvement d’ensemble qui rassemble le corps dans une sensation intéroceptive généralisée, sensation d’apaisement. J’ai découvert dans cet apprentissage que le masseur était également dans cet état à la fin du massage, par l’effet de son geste en lien avec le massé : ses propres sensations, la lenteur, les neurones miroirs qui captent les effets sur le massé… Les deux personnes sont accordées, elles peuvent alors naturellement se séparer, c’est la fin du massage. Il n’y a pas de sensation de dépendance après ce massage, c’est une expérience aboutie, amenant ensuite chaque personne à se sentir à la fois unifiée, apaisée puis revivifiée, comme si elle avait reçu une énergie de vie intense.

Je me suis dit que c’était une belle analogie du travail qu’on fait en HTSMA, par exemple le travail de contention, la main qui se pose sur le poignet, une main qui sécurise, à la fois ferme et contenante, captant les informations du poignet et du corps tout entier du patient. Lorsque l’accordage s’est fait, le poignet semble gonfler et la main se soulève quasi d’elle-même. C’est un travail de fusion/défusion corporel intense, où se sont conjuguées et accordées deux personnes actives de deux façons différentes. Dans l’expérience sécure, on retrouve la même chose, lorsque les deux mains sont ensembles et que la main du patient finit par se décoller d’elle-même. 

Dans ce massage il y a une autre composante qui fait analogie : la personne massée, par ce mouvement lent enregistre le mouvement, elle va garder en mémoire à long terme les effets de ce mouvement. Elle va donc intégrer ce mouvement contenant et sécure. Elle repart en ayant vécu une expérience humaine fondatrice, celle de se sentir en sécurité dans une relation et d’avoir fait l’expérience ensuite de se sentir plus vivante. En thérapie brève on dit que lorsqu’on a vécu quelque chose de différent on ne peut plus dire qu’on ne l’a pas vécu, c’est inscrit dans l’apprentissage, comme le vélo ! On peut parfois ne pas s’en souvenir mais on peut en être conscient.  Je vous en parle aujourd’hui en ressentant encore les effets de ce massage lorsque je l’ai fait et aussi lorsque je l’ai reçu. Il a été un moment très important de mon travail personnel qui m’a aidé à me centrer dans ma vie, à me sentir plus posée et plus sécure dans la relation.

De même, en HTSMA, le travail va se poursuivre en autonomie et aboutir à une action différente en projection dans le futur lorsque la personne a recontacté son énergie vitale, moteur de l’action, puis au fil des séances à des changements probants dans sa vie.

Pourquoi cette analogie avec le massage ?

Premièrement, pour traiter ce sujet j’ai pensé évidemment au corps et penser au corps c’est à la fois le voir, le sentir, l’imaginer, saisir ses réactions, lui accorder une valeur, un sens, dans le regard des autres, dans la relation affective etc… Tout cela était contenu dans une expérience de massage que j’ai reçu moi-même avec une personne lors de cette formation, expérience qui m’a reliée à la toute petite enfance dans l’ici et le maintenant, à des sensations, à des émotions, à des réactions, des images, des représentations corporelles… Ce fut une expérience complète sans les mots pour le dire, en lien avec la personne qui me massait, avec mon corps, dans un espace cadré. Cette expérience m’a m’amenée à passer dans un autre monde, à me sentir à la fin entière et réunifiée, capable de faire un nouveau pas en avant dans ma vie à cette époque là... Dans ma pratique HTSMA, j’ai pu retrouver en tant que Psychothérapeute, cette manière d’être en relation, qui intègre activement le mental, l’imaginaire et le perceptif dans un tout.

Deuxièmement, le corps est à la fois un contenant et un contenu. Il indique sans cesse de nouvelles informations à l’intérieur, par l’intéroceptivité, il en diffuse aussi à l’extérieur, par la gestuelle et le paraverbal, tout en captant les informations sensorielles venant de l’extérieur vers lui, tout cela dans sa relation à soi, à l’autre et au monde. Le corps contient donc, diffuse et reçoit ces informations et à la fois il exprime un cadre relationnel, il va donner matière à ce qui va se jouer entre la personne et elle-même, entre la personne et l’autre, entre la personne et le monde, aussi bien dans le désaccordage que dans l’accordage. En HTSMA, le travail va se faire pour le thérapeute dans la conscience de ce qui se passe en lui, des réactions corporelles du patient et des effets de ce qui se passe entre les deux. Et pour les deux c’est par l’imaginaire partagé que toutes ces perceptions vont construire une forme commune.

Troisièmement, ce travail ne peut donc se faire qu’en lien, il est le fruit de ce qui se passe entre le masseur et le massé. Il ne s’agit pas que d’une personne qui masse une personne massée, mais bien d’une expérience commune partagée. Tout comme en HTSMA, encore une fois, on va rentrer dans une bulle à deux à l’intérieur de laquelle le travail va pouvoir se faire.

Le corps guide et mémoire ?

 On voit que le corps est bien à la fois un guide et une mémoire pour mobiliser ce qui est vivant. De manière plus générale, il est le véhicule qui va exprimer, dans la période de la vie, l’harmonie ou la désharmonie du vivant. Il n’est pas qu’un indicateur, il participe à exprimer au monde des énergies particulières. Je pense que nous avons une responsabilité dans les effets que cela va avoir autour de nous. 

C’est un challenge en thérapie dont nous observons les effets lorsqu’une personne a évolué et qu’elle revient transformée physiquement. On peut même parfois observer ces différences entre le début et la fin d’une séance. Il y a un rayonnement particulier, quelque chose qui, lorsque la personne est réassociée, relève d’une autre dimension. C’est comme si son corps se faisait alors le messager de cette clarté particulière d’un monde universel qui englobe les contraires dans un tout unifié.

Un exemple en HTSMA :

Je vais illustrer cette fonction du corps comme guide et mémoire par un exemple en thérapie.

 La jeune femme de 25 ans que je vais appeler Chloé vient me voir suite à un avortement il y a un an Elle pense que cela a entrainé des effets néfastes pour elle aujourd’hui. « C’est-à-dire ? ». Elle ne se sent pas bien, ressent comme un mal-être qu’elle qualifie de peur, elle pleure beaucoup avant d’aller au travail, et quand elle rentre. Elle a des images qui lui viennent. Cela empire au point où elle n’arrive plus à aller au travail depuis quelques jours, même si jusque-là elle parvenait à contrôler dit-elle. Cela impacte sa vie sociale, elle panique à l’idée d’aller voir des amis, de sortir dans des soirées avec plusieurs personnes. Le questionnement met en évidence le fait que ce qui l’a le plus perturbée c’est une scène, suite à cet avortement lorsqu’elle a fait une hémorragie.  Elle est seule chez elle, en attendant les pompiers.

Nous reprenons la scène et elle focalise d’abord sur son pantalon tâché de sang, puis sur les motifs, puis sur le sang. Cette scène prend le pouvoir sur elle en une sensation corporelle dans le ventre. Le corps a gardé la mémoire active de ce moment. Les mouvements alternatifs font baisser cette sensation jusqu’à ce qu’elle disparaisse, mais elle se dit tendue. Le corps donne une information qui indique que quelque chose n’est pas ok. Cette sensation la met en contact avec une image récurrente lorsqu’elle fait des crises : elle est seule à l’hôpital suite à cette hémorragie. 

Je demande à sa main de se poser dans la mienne, puis de porter son attention sur ce qui se passe entre nos deux mains. Ce premier travail, tout simple permet à nos deux respirations de commencer à se synchroniser tranquillement

Nous commençons à entrer dans un accordage corporel, je sens d’ailleurs très vite sa main fusionner avec la mienne, nous ne sommes pas au tout début de la thérapie et le travail que nous avons déjà effectué a permis de créer une alliance.  Je lui demande ensuite si cette image était un personnage, comment s’y prend-il pour prendre le pouvoir sur elle ? Elle me dit « il m’enveloppe », et entre cette enveloppe et elle ? « Ça m’enferme », et quel effet ? « Sensation de tension dans la poitrine ». Nous externalisons cette sensation qui devient comme un nuage, sur lequel je lui fais focaliser un point précis afin de délimiter la forme de cette tension et le travail suit son cours jusqu’à ce que la forme devienne translucide et disparaisse. La tension disparait progressivement. Chloé me dit « c’est comme si la tension descendait dans le bras et était absorbée par nos deux mains », puis la tension disparait totalement. De mon côté j’ai une douleur dans le dos, côté gauche, qui ne part pas, malgré l’intervention d’un tiers sécure( le thérapeute fait venir dans le présent imaginaire, en HTSMA, des personnes qui ont des fonctions de tiers, différentes selon le moment de la thérapie). Une image me poursuit avec cette sensation, c’est comme un coup de poignard dans le dos, je demande l’autorisation d’externaliser cette sensation et je rajoute « je ne sais pas qui donne ce coup de poignard ? » Chloé hoche la tête. La douleur s’en va. Le corps s’apaise en accordage avec celui de ma patiente. Je ne sais pas ce que nous avons traversé là, mais visiblement, il y avait un obstacle à franchir qui semble avoir été franchi. Là encore le corps indique les choses, il guide le travail en donnant des informations et contient les effets liés à des actions et à des intentions dont on n’a pas toujours les tenants et les aboutissants. Je ne sais pas pourquoi j’ai posé cette question que je n’aurais sans doute pas posée dans une autre séance. Elle n’était pourtant pas fantaisiste, j’étais bien en transe d’observation et je « savais » spontanément que ce coup de poignard était donné par une personne qui ne s’adressait pas à moi. L’apaisement se généralise ensuite. Et la séance se poursuit jusqu’à son terme où Chloé revoit la scène de départ qui est complètement désactivée, comme si cette image ne faisait pas partie de sa vie. Elle se projette dans le futur où elle se voit aller voir des amis avec plaisir.

Il semble qu’on a travaillé d’abord la peur de Chloé de se voir mourir et ensuite la peur de se retrouver lâchée, toute seule, abandonnée. Tout cela s’est fait par une approche psychocorporelle où le corps était acteur à part entière du vécu de Chloé en donnant à la fois des informations en lien avec ses souvenirs et à la fois par le travail analogique qu’on a fait ensemble, en nous guidant sur le processus à suivre. Ce coup de poignard par exemple est venu indiquer quelque chose de son vécu qui n’était pas ok et que j’ai impacté, en lui permettant de s’apaiser par la fusion de nos deux mains ; c’est comme si un transfert corporel s’était fait. Mais ce message du corps m’a permis, en l’externalisant de pouvoir évacuer un obstacle au processus, qui a pu alors se dérouler ensuite jusqu’au bout. 

On ne peut donc pas se passer du corps dans un type de thérapie psychocorporelle comme l’HTSMA. La relation au corps est même première pour moi, dans ma pratique. Si je l’oublie, je ne suis pas centrée, je ne perçois pas tout ce qui est exprimé par les corps et je ne permets pas au processus de se dérouler. J’aurais pu laisser de côté cette sensation de douleur dans le dos, comme tout bon thérapeute sauveur qui s’oublie ! Or le corps est premier, il réagit avant que nous en ayons conscience. Point n’est besoin d’analyser, il suffit de permettre à la conscience de le percevoir et d’en faire quelque chose en travaillant sur les interactions. On est dans un travail hypnotique où les choses se dénouent malgré nous, comme une histoire métaphorique.

Au final, le corps reprend ses droits, en retrouvant toujours sa position de calme qui lui est naturelle !

 

 Par : Mady FAUCOUP - GATINEAU

HYPNOSE ET THERAPIES BREVES n°